La géothermie profonde «vue et touchée du doigt»

Samedi 11 mars, une quarantaine de Jurassiens ont profité de la visite organisée par Geo-Energie Suisse SA pour découvrir des centrales de géothermie profonde en Alsace et en Allemagne. Une découverte qui a passionné les participants. Reportage.


 Delémont

Embarquement à Delémont, samedi matin à 7h30

C’est sous un soleil radieux, ce samedi 11 mars, que le maire de Rittershoffen accueille une quarantaine de de Jurassiens. Ces curieux, proches de la future centrale prévue à Haute-Sorne, membres de la commission de l’environnement et de l’équipement du Parlement et élus cantonaux ont profité de la visite organisée par Geo-Energie Suisse pour se faire une idée concrète de ce qu’est la géothermie profonde, et de ce que pourra être le projet prévu dans leur région. Avec intérêt, ils écoutent le maire leur expliquer que le projet de géothermie profonde a été très bien reçu dans sa commune et qu’il a été réalisé sans nuisances pour la population. Dans cette région minière qui a vu naître l’exploitation du pétrole en Europe il y a plusieurs décennies, ce qui touche au sous-sol fait effectivement partie du quotidien. «Nous étions aussi sensibilisés aux énergies renouvelables, car nous avions déjà un chauffage à distance à copeaux de bois», a expliqué le maire.


Rittershoffen

Arrivée à Rittershoffen. Le groupe est accueilli par le maire qui a expliqué comment le projet s’est déroulé pour son village.

Maire

Albert Genter (gilet jaune), vice-directeur d’Electricité de Strasbourg Géothermie, a profité de l’occasion pour remettre à Daniel Pflug, maire de Rittershoffen, un exemplaire de la première publication internationale sur la centrale, avec le nom du village dans le titre.

Mise en fonction en mai 2016, la centrale de Rittershoffen est dédiée à la production de chaleur industrielle. Elle alimente l’usine Roquette Frères, située à 15 km de là, à Beinheim. Bien qu’elle puise de l’eau à plus de 160 degrés Celsius, température qui permettrait la production d’électricité, elle a d’abord été construite pour répondre au besoin de l’entreprise d’extraction et de traitement d’amidon, dont la consommation de chaleur équivaut à celle d’une petite ville. La géothermie permet d’éviter le passage 12 camions par jour qui transportaient une partie du bois nécessaire à la centrale de chauffage de l’usine.

 Rittershoffen

Le puits de production surmonté du moteur de la pompe.

La deuxième centrale visitée, à Soultz-sous-Forêts, à un jet de pierre, produit quant à elle de l’électricité. C’est un lieu mythique dans le monde de la géothermie: il a servi, durant près de 20 ans, de laboratoire de recherche européen pour le développement des systèmes géothermiques stimulés. Tous les chercheurs – y compris suisses – et leurs projets de recherches y ont convergé. «Toutes les centrales qui ont été réalisées depuis, en Alsace comme en Allemagne voisine, sont issues des expériences qui ont été conduites ici», explique Jean-Jacques Graff, ingénieur et directeur d’Electricité de Strasbourg Géothermie, qui est un ancien du centre de recherche de Soultz.

 Soultz

Découverte du site de Soultz-sous-Forêts, qui a servi de laboratoire de recherche en géothermie profonde avant d’être reconverti pour la production industrielle d’électricité.

Il n’y a pas deux centrales géothermiques identiques. Par contre, les mêmes composants se retrouvent d’un site à l’autre. Les techniques de forage sont aussi comparables, de même que les dispositifs pour assurer la protection du sol et des eaux souterraines. Ce sont l’expérience et les leçons tirées des recherches de Soultz qui ont conduit au récent succès de Rittershoffen. La productivité du premier forage a ainsi été multipliée par cinq grâce à une triple stimulation - chimique, thermique et hydraulique, explique Albert Genter, docteur en géologie et vice-directeur d’Electricité de Strasbourg Géothermie. Et le suivi demeure régulier: réseau de surveillance sismique, GPS et imagerie satellite. Les forages aussi subissent un contrôle réglementaire à intervalles réguliers pour garantir leur intégrité.

 Soultz

Le site de Soultz était initialement dédié à la recherche, ce qui explique que, contrairement à ce qui est prévu à Haute-Sorne, toutes les installations ont été laissées à l’air libre. En arrière-plan le village de Kutzenhausen.

Technique, mais passionnant

Après cette première étape alsacienne, la visite s’est poursuivie à Insheim, en Allemagne, dont la centrale présente de nombreuses similitudes avec le projet de Haute-Sorne. Dédiée à la production d’électricité et d’une puissance comparable, elle est située entre l’autoroute et une voie de chemin de fer. Elle se trouve bien plus proche des quartiers résidentiels que la centrale prévue à Haute-Sorne. La cohabitation avec le village se passe pourtant bien, un réseau de chauffage à distance est d’ailleurs en cours de gestation.

 Insheim

Comparaison de la situation géographique des centrales d’Insheim et du projet de Haute-Sorne

Entre les explications sur la genèse de ces différents projets et les informations sur la géologie locale et la technique des centrales géothermiques, certains des participants à la visite s’avouent un peu dépassés. D’autres, au contraire, apprécient. «C’est très intéressant. Et on voit qu’il y a des réponses à toutes les questions, et que plusieurs problèmes peuvent se régler facilement. Cela rassure», note un jeune habitant de Bassecourt.

 Rittershoffen

Visite avec explications détaillées des installations intérieures de la centrale de Rittershoffen.

 Des technologies d’avenir

«Je suis enchanté d’avoir vu tout cela et d’avoir pu le toucher du doigt», confie un retraité qui a été conquis par la découverte des centrales. «Ce sont des technologies d’avenir, il faut les soutenir!», ajoute un sénior de Delémont. «C’est intéressant d’entendre le bruit que ça fait. Et de se rendre compte qu’il existe des solutions pour le réduire», note un participant de Glovelier qui s’est inscrit à la visite «pour avoir des garanties». Et en est rentré soulagé, après avoir entendu nombre d’assertions inquiétantes – et souvent fausses – dans la campagne lancée contre le projet de centrale géothermique prévu à quelques centaines de mètres de chez lui. «C’est très intéressant, c’est l’occasion de voir vraiment ce qu’est une centrale géothermique et de poser toutes nos questions. Mais je suis surpris du peu de monde. Je pensais voir au moins la moitié de Glovelier!»

Alors qu’une initiative se prépare pour tenter d’interdire, malheureusement, la géothermie dans le canton du Jura, les français misent sur cette forme d’énergie. Forts des succès rencontrés en Alsace, des permis ont été octroyés pour au moins trois nouveaux projets dans la région. Dans tout le pays, ce ne sont aujourd’hui pas moins de 18 permis qui ont été délivrés pour réaliser des centrales géothermiques. En organisant ces visites, Geo-Energie Suisse espère avoir contribué à un débat plus factuel sur ce sujet.


 Insheim

Photo de groupe à la fin de la visite de la centrale d’Insheim, devant le puits de production.

Pour en savoir plus:

Reportages de la TSR et de RFJ sur cette journée de visite

Publication dans le Quotidien Jurassien du 18 mars 2017

Fiche d'information sur le projet de Haute-Sorne

Page du projet de Haute-Sorne avec toute la documentation publiée, y compris les bulletins d'information du groupe d'accompagnement,

et recueil Questions-Réponses